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 l'Allemagne

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MessageSujet: l'Allemagne   Dim 9 Nov 2014 - 15:12

en ce jour, de célébration des 25 ans de la chute du mur...

Citation :
Je me fiche des Allemands de l’Ouest
Jana HENSEL Journaliste à l’hebdomadaire Der Freitag 6 novembre 2014 à 17:26

TRIBUNE

La semaine dernière, l’un d’entre vous a écrit : «Il faut le dire une bonne fois pour toutes : nous, les Allemands de l’Ouest, nous avions le meilleur pays. Un pays meilleur que la RDA avant la réunification et meilleur que celui dans lequel nous vivons aujourd’hui. C’est vous, chers Allemands de l’Est, qui nous l’avez pris. Vous n’y pouvez rien. Mais un peu plus d’humilité de temps à autre aurait été appréciée.» Zeit Online publiait ce texte du critique littéraire, Christoph Schröder, certainement pour célébrer le 25e anniversaire de la chute du Mur, le 9 novembre.

Ce texte m’a attristée et je ne m’en suis toujours pas remise parce que c’est pour moi un air bien connu. Je suis sûre que vous êtes d’ailleurs nombreux à penser comme lui, ou à peu près. Il ne se passe guère de semaine sans que vous ne fassiez une plaisanterie sur ce que nous coûtons ; vous espérez que nous trouvions ça drôle, car un peu d’autodérision ne nuit jamais. Quand Angela Merkel fait une bourde, vous la renvoyez à son passé de membre de la Jeunesse libre allemande ; vous tenez Joachim Gauck, le Président, pour un archaïque pasteur du Mecklembourg et vous jugez utile de dénoncer son protestantisme. Vous préférez cultiver le souvenir de Helmut Kohl, même si, bien sûr, votre ironie ne nous aura pas échappé. S’il vous arrive de vous aventurer dans la province de l’Est, vous postez sur Facebook des photos de troquets minables, de gens moches et d’enseignes en mauvais allemand, et vous en riez grassement, d’un rire guttural et railleur. Pour vous, Munich, c’est Berlin en mieux. Vous vous méfiez de nos crèches et de nos jardins d’enfants ; vous considérez que notre «bac turbo», passé à l’issue de douze années de scolarité, est une grave erreur et qu’il faudrait le supprimer sans délai. L’autre jour, la Süddeutsche Zeitung a qualifié Marzahn [un quartier populaire périphérique de Berlin-Est, NdT] de «ghetto Hartz IV (1) violent», alors même que le taux de criminalité y est inférieur à la moyenne de Berlin.

Vous ne nous aimez plus guère. Nous vous agaçons, car nous ne sommes pas devenus que ce vous aviez espéré. Nous aurions dû devenir comme vous, pour que vous puissiez rester ce que vous étiez. Pour vous, la partition de l’Allemagne n’était plus le résultat de l’histoire allemande du XXe siècle, mais une réalité dont vous ne vouliez plus entendre parler. Vous étiez depuis longtemps devenus des Européens et soudain, nous vous avons ramené les pieds sur terre, sur cette glèbe allemande tant honnie. Après la chute du Mur, nous aurions dû disparaître aussi vite que nous étions apparus, et nous fondre dans et avec vous. C’est ce que je pensais comme je pensais que le temps guérit les blessures. Mais nos blessures sont aujourd’hui plus profondes, et les vôtres aussi.

Nous sommes restés tels que nous étions, à présent, nous sommes probablement plus conscients de notre valeur que nous ne l’avons été au cours des vingt-cinq dernières années. C’est aussi un peu grâce à Angela Merkel et à Joachim Gauck, aux douze années de scolarité jusqu’au bac et à notre système de garde d’enfants. Beaucoup de ceux qui étaient tout jeunes à l’époque se sentent Allemands de l’Est ; et ils le clament plus fort que leurs parents. Vous pensez que c’est exagéré. Vous estimez que nous ne vous témoignons pas assez de respect pour tout l’argent que vous nous avez donné. Mais vous êtes-vous jamais demandé pourquoi bon nombre d’entre vous n’aiment pas les Etats-Unis ?

Les récits divergent à nouveau et cherchent délibérément à opposer plutôt qu’à rapprocher. Des deux côtés. Il ne faut surtout pas être comme l’autre ! C’est exactement ce que nous faisons nous aussi. Savez-vous que nous parlons souvent de vous ? Probablement. Nous nourrissons à votre égard des sentiments de plus en plus radicaux et irréconciliables avec les vôtres. Nous faisons sur vous des blagues que nous trouvons très drôles. Nous vous jugeons égocentriques, intolérants et superficiels. Vous êtes à nos yeux d’un ennui mortel parce que vous n’avez pas connu de véritables conflits, vous n’avez rien vécu, mise à part la prospérité. Seuls comptent vos propres critères, et c’est pourquoi vous donnez des leçons, presque partout où vous allez. Nous pensons également que vous n’êtes pas libérés, et cela vaut pour les hommes comme pour les femmes, et que vous êtes sexuellement coincés. Non, je plaisante, ce n’est pas ce que nous pensons. Non, je ne plaisante pas, c’est bien ce que nous pensons.

Il n’y a qu’une différence entre les blagues que vous faites sur nous et celles que nous faisons sur vous : nous avons besoin de vous, vous n’avez pas besoin de nous. Nous sommes peu nombreux, vous êtes beaucoup. Vous avez l’argent, nous ne l’avons pas. Vous êtes propriétaires, nous vivons dans des logements qui vous appartiennent. Vous nous donnez des emplois, nous travaillons pour vous. Vous décidez, nous exécutons. Vous dites ce que vous pensez, nous ne disons pas ce que nous pensons. Vous avez perdu votre pays, nous avons perdu notre pays. Nous n’en avons pas encore trouvé ensemble un nouveau. J’aimerais pouvoir dire que je me fiche des Allemands de l’Ouest, mais, si je le dis, je risque de ne pas pouvoir mener la vie que je souhaite. Si, vous, vous disiez que vous vous fichez des Allemands de l’Est, cela n’aurait aucune conséquence.

Traduit de l’allemand par Architexte, Paris (Marie-Paule Bonnafous, Martine Delibie et Marielle Santoni).

(1) Du nom de la réforme de l’indemnisation du chômage.
Jana HENSEL Journaliste à l’hebdomadaire Der Freitag
http://www.liberation.fr/monde/2014/11/06/je-me-fiche-des-allemands-de-l-ouest_1137811

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