Des Mots-Niaques

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 Nos tics de language

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Bicrate de Soude
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MessageSujet: Nos tics de language   Mer 26 Sep 2012 - 23:37

Je suis tombé par hasard sur cet article de Psychologies.com... Trés intéressant.

J'voulais savoir ce que vous en pensiez et aussi si vous-même aviez des tics semblables à ceux décrits dans l'article ou non...

Article trouvé ici

Citation :
[b]Ce que nos tics de langage disent de nous[/b]

Mots béquilles ou expressions dans l’air du temps ont envahi notre langage, sans que nous en ayons conscience. Si la plupart n’apportent rien à la précision du message, ils sont révélateurs de notre époque et dévoilent beaucoup sur chacun de nous.

Bernadette Costa-Prades


À quoi servent ces petits mots égrainés tout au long de nos phrases et tellement agaçants (chez les autres !) quand nous en prenons conscience ? « C’est clair », « Absolument », « Voilà… », « Hallucinant », « Grave », « Juste pas possible »… « Ce sont des chevilles qui tiennent le discours, explique Pierre Merle, sociologue, auteur de nombreux livres sur le langage. Sans elles, la personne qui parle aurait l’impression que sa phrase est bancale. Le procédé n’est pas nouveau, Balzac s’en plaignait déjà… Plus récente est leur prolifération, issue du syndrome télévision et radio, où le silence est totalement banni : il faut remplir l’espace avec de nombreux mots destinés à prolonger la phrase. Pourquoi dire “absolument” ou “tout à fait” quand un bref “oui” suffirait ? Ces formules sont reprises ensuite par tous, non seulement parce nous les entendons sans arrêt, mais parce que s’approprier le tic de quelqu’un est une manière d’essayer de lui ressembler. » Le tic sert aussi à créer une complicité dans un groupe social donné, une génération particulière. Imagine-t-on une sexagénaire asséner « grave » tous les deux mots ? Non, pas plus qu’un jeune ne dirait « surréaliste »…

Des mots d’époque
Les spécialistes de la langue le reconnaissent humblement : la naissance et la mort d’un tic leur restent mystérieuses. En revanche, il éclaire la société dans laquelle il prolifère. Prenons l’envahissant « c’est clair », alors que jamais le monde ne nous a paru aussi opaque. Ou la formule « entre guillemets » qui permet « de dire sans dire tout en le disant », comme le note Pierre Merle. Ne traduit- elle pas une certaine frilosité, une langue de bois, dont usent et abusent les experts de tout ordre et que nous reprenons en choeur ?

Que dire encore de l’obsédant « je gère », terme économique qui envahit même nos propos les plus intimes. Désormais, nous gérons tout : notre portefeuille d’actions comme notre vieille mère malade, la caisse du chat ou encore notre dernier échec amoureux. Il y a aussi – et la liste serait sans fin – les tics qui ferment la porte à la discussion, tel le « c’est évident », qui renvoie l’interlocuteur à sa stupidité, ou encore le « point barre », qui lui claque la porte au nez, mais surtout empêche tout prolongement éventuel. Aurionsnous peur de débattre ?

C’est ce que pense le psychiatre Yves Prigent, auteur de Débandades dans la blabasphère (Ed. Calligrammes 2011. Pour lui, le tic, loin d’être un outil de communication, est un mot paresseux : « Il sert à faire le bruit de la parole, sans en contenir aucune, comme la musique que l’on entend dans les supermarchés, destinée à endormir le client. » En voulant apaiser son interlocuteur, le rassurer – « Tu vois, je parle la même langue que toi » –, nous ne prenons pas le risque de le déranger, ni d’être nous-même dérangé, avec une parole vraie, vive, non convenue. La recherche de la complicité prime sur le contenu du discours, « tout va sans dire ». Ainsi les formules « voilà » ou « vous voyez », alors qu’il n’y a rien à voir… et rien à entendre non plus. Selon Yves Prigent, notre société immature favorise un langage proche du babil de l’enfant avec sa mère qui le comprend à demi-mot. Conséquence : la langue s’appauvrit, la vraie communication en pâtit.

Des mots « écran »
Pour éviter de nous mettre en danger d’échanger sincèrement, nous nous contentons d’asséner des formules toutes faites. Les mots servent alors à cacher un contenu émotionnel. « “Chez nous, on n’est pas cocu, on est juste malheureux”, écrivait Marcel Pagnol. Aujourd’hui, à la place de “je stresse”, qui dirait “j’ai du chagrin”, “je suis triste” ou “je suis en colère”, termes autrement plus engageants pour soi et pour notre interlocuteur ? » interroge le psychiatre.

Pour le psychanalyste Jean-Pierre Winter, il est nécessaire de distinguer le tic d’appartenance, que toute une époque utilise plus ou moins – sciemment adopté donc, même s’il se meut en automatisme au fil du temps – du tic involontaire qui trahit une histoire personnelle, sans que son utilisateur n’en ait conscience. D’après le psychanalyste, le tic est une véritable manne : « Celui qui commence toutes ses phrases par “c’est vrai que” interroge quelque chose : ce qu’il disait avant était-il faux ? Est-il obligé d’asséner que ce qu’il dit est vrai, car il n’en est pas lui-même très sûr ? Répété des dizaines de fois, il est là pour balayer ses doutes, le rassurer. Il peut s’agir d’une personne qui a du mal à croire en ses propres sensations. »

Attention toutefois : avant de se lancer d’un air entendu dans l’analyse sauvage de ceux de notre entourage, il faut savoir qu’un tic sert souvent d’écran de fumée. « Méfions-nous de son sens littéral, met en garde Jean-Pierre Winter. Ainsi, le fameux “c’est clair” : s’agitil d’une recherche de clarté pour quelqu’un qui avance à tâtons dans son histoire ? Parle-t-il d’un grand-père clerc de notaire, d’une nounou regrettée appelée Claire ? Seul un travail d’association dans un cadre analytique pourra en décrypter le véritable sens. » Si le tic renferme une problématique personnelle, il n’est jamais que la clé qui ouvre une porte sur l’inconscient, mais reste tout de même à trouver la serrure. Ces tics-là sont les plus agaçants pour l’entourage. « Nous nous rendons compte que la personne ne s’entend pas le dire, qu’elle reste dans son univers mental, où nous n’avons pas notre place, fait remarquer encore Jean-Pierre Winter. D’où l’agacement et l’incompréhension, car cette personne non plus ne sait pas à quoi elle est en train de faire référence. »

De vrais mots et du silence
Au-delà du tic symptôme, qui nécessite un travail d’analyse au cas par cas, comment se débarrasser d’un abus de formule toute faite ? En nous efforçant de diversifier notre vocabulaire, conseille Yves Prigent. « Il ne s’agit pas de se gendarmer en essayant de guetter son langage, suggère-t-il, mais plutôt de faire pousser de la bonne herbe pour étouffer la mauvaise en lisant des bons textes, en se nourrissant d’une littérature de qualité pour éviter de parler de façon stéréotypée. Dire oui quand c’est oui, non quand c’est non, sans y ajouter “quelque part” ni “entre guillemets”. Essayez-le au moins une fois par semaine, c’est jouissif ! » Réconcilions-nous également avec le silence, laissons respirer les phrases pour trouver les mots les plus justes, les plus proches de notre ressenti. Et prenons exemple sur les Argentins. À la question « comment vas-tu ? », au lieu de la ritournelle « ça va » quel que soit l’état du moment, ils répondent non sans humour : « Bien, ou tu veux que je te raconte ? » Oui, raconte-moi.

Les tics de langage tuent-ils la conversation ?
La réponse de Chantal Thomas, philosophe et essayiste, auteure de L’Esprit de conversation : « Non, sinon elle serait morte depuis longtemps, les tics ayant toujours existé ! En revanche, en uniformisant le langage, ils ne l’encouragent pas et nous empêchent de développer notre parole singulière. Certains dressent des barrières difficiles à franchir : “bref”, qui indique que ce que l’on dit nous ennuie déjà à l’avance ; “pour faire court”, qui engage bien mal le dialogue ; ou encore, le “bien”, qui ponctue sans cesse un propos, façon de se donner à l’avance un satisfecit. Or, pour qu’une conversation soit réussie, il faut un élan généreux, une envie d’aller vers l’autre, de se jeter à l’eau, sans savoir sur quoi elle va déboucher. Parler, c’est se rencontrer dans un espace enchanté, où chacun se sent plus vif, plus désirable, plus rapide. Le tic ne favorise pas cette légèreté. »

Septembre 2011

Personnellement, je sais qu'il m'arrive souvent de répondre au commentaires de mes interlocuteurs par : "c'est pas faux". Est-ce que ce tic trahirait un sentiment latent que tout ce que j'entends à longueur de journée est faux ? Ou simplement un besoin de valider une information d'une manière différente...

Edit : J'ai hésité à mettre ce topic dans la section "sociologie" parce qu'au fond...C'est aussi un phénomène social, mais bon... Comme j'ai trouvé l'article sur le site web de Psychologie magazine...

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MessageSujet: Re: Nos tics de language   Ven 5 Oct 2012 - 17:32

Bitteulze a écrit:

Personnellement, je sais qu'il m'arrive souvent de répondre au commentaires de mes interlocuteurs par : "c'est pas faux". Est-ce que ce tic trahirait un sentiment latent que tout ce que j'entends à longueur de journée est faux ? Ou simplement un besoin de valider une information d'une manière différente...
ou le verre à moitié vide,
ou dans la même veine que le "un sentiment latent que tout ce que j'entends à longueur de journée est faux", une formule singulière pour montrer que dans ta qualité d'adulte éclairé, tu écoutes et prends le temps de comprendre et de par ton vécu, tes connaissances, ton expérience peut dire ton approbation au lieu d'acquiescer simplement et frénétiquement, loin de l'euphorie ambiante.

j'ai du mal à t'imaginer dire " ça l'fait grave! "

Bitteulze a écrit:

Edit : J'ai hésité à mettre ce topic dans la section "sociologie" parce qu'au fond...C'est aussi un phénomène social, mais bon... Comme j'ai trouvé l'article sur le site web de Psychologie magazine...
toute chose n'a pas forcément une étiquette unique
la frontière est aussi mince entre Politique et Economie
l'architecture du forum avec sa multiplicité de catégories et sous-catégories ne facilite pas la tâche. (d'ailleurs p-e qu'on pourrait...)

en voyant le titre, jpensais au départ qu'il y avait déjà de quoi sur le forum
mais ce topic n'est finalement pas un doublon de par son étude sur le verbiage contemporain
les autres sujets plus légers
http://blablatitude.gooforums.com/t482-voc-tics-de-langage-et-vos-tocs-d-ecriture
http://blablatitude.gooforums.com/t577-nos-facon-de-parler )

c'est bien expliqué dans ton article : la langue française est riche et permet de développer une conversation en ne se bornant pas au simple oui/non. l'abus et l'uniformisation nuisent à l'usage de formules qui devraient enrichir nos réponses.
au même titre que l'utilisation intempestive d'expressions trop courtes qui ne traduisent, ni ne conduisent à aucune réflexion

parmi celles qui ont le don de m'énerver : "au jour d'aujourd'hui", " point barre ", " c'est juste pas possible "

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